Symtomax, l’investissement dans le cannabis médical est-il fumeux?

Enquêtes et Décryptages Philippe Miller Publié le 21 mars 2021 à 15:06
Symtomax

Investir dans le cannabis thérapeutique au Portugal via uns société écossaise et par l’intermédiaire d’une société suisse: voici Symtomax, un investissement dans le cannabis thérapeutique très rémunérateur.

Jusqu’à 18% de bénéfice par an!

Le faux investissement dans le cannabis médical, on en connait des exemples. Mais le vrai investissement dans le cannabis médical, que faut-il en penser?

Symtomax
Capture d’écran du site de Symtomax

Depuis quelques mois, des épargnants français se voient proposer d’investir chez Symtomax, une société qui prétend produire au Portugal du cannabis en plein air pour le raffiner et en extraire des principes actifs à usages médicaux.

La formule expliquée dans des prospectus manifestement traduits en français d’une langue inconnue est curieuse. Vous investissez sous la forme d’un contrat de prêt de deux ans sur lesquels vous touchez des intérêts faramineux: 12% la première année et 18% la deuxième année! Les intérêts sont payés annuellement. L’opération est garantie par les actifs achetés pour l’occasion: terrain, équipement, bâtiment, licences…

Symtomax
Extraits d’un prospectus de Symtomax destiné aux investisseurs

Trois châteaux, un en Ecosse et deux en Espagne

Si vous décidez d’investir chez Symtomax, votre argent ira d’abord à Edimbourg en Ecosse, où est installée la société Symtomax SPV Limited, au 69 Brunswick Street. C’est une adresse connue du petit monde des paradis fiscaux. Elle est répertoriée dans la base de donnée des Paradis papers.

Symtomax
Capture d’écran du site de l’ICIJ

Justement, le “SPV” de Symtomax SPV Limited, ça veut dire Spécial Purpose Vehicule. En Français on dit “société ad hoc” ou “Fond commun de créance”. Dans la finance mondialisé, les SPV ont mauvaise réputation. Elles sont un outil de base que mettent à disposition les paradis fiscaux pour “changer le lieu de résidence de l’entreprise ou de l’individu”, “changer l’origine géographique de ses revenus” ou enfin, “créer une toile complexe de dissimulation”. Ces SPV ont été impliqués dans maints scandales financiers comme dans l’affaire Enron.

Symtomax
Extraits d’un prospectus de Symtomax destiné aux investisseurs

Siège social au-dessus d’une pizzeria

D’Edimbourg, votre argent ira ensuite au Portugal, chez Symtomax Portugal, au n°2 de la rue Marceneiros à Beja, dans le même immeuble que la pizzeria “Telepizza Beja”.

Symtomax
L’une des adresses de Symtomax au Portugal est la même que cette pizzeria

Une autre entreprise portugaise intervient. On trouve son nom au bas du supports de communication. Elle s’appelle “Symtomax Unipessoal Lda”. Il n’est pas dit précisément quel est son rôle. Peut-être la communication puisqu’elle apparait en bas des supports des prospectus. En tout cas, si vous voulez travailler chez Symtomax, c’est à cette adresse que vous devez envoyer votre candidature.

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L’une des adresses présentées par Symtomax au Portugal

Les cabinets d’avocat avec lesquels Symtomax prétend travailler n’en n’ont jamais entendu parler

Deux cabinets d’avocats portugais sont présentés comme garants de ce montage: Porto Law et Cuatrecasas. Nous les avons contactés pour vérifier cette information. Cuatrecasas nous a fait savoir que “la référence à Cuatrecasas en tant que conseil de Symtomax (…) est une fausse information, car Cuatrecasas n’a pas agi en tant que conseil de Symtomax, ni n’a été impliqué de quelque manière que ce soit, dans la transaction en question”.

Quand à Porto law, le cabinet nous à répondu qu’il ne représente aucunement Symtomax et que la société n’a pas le droit d’utiliser le nom du cabinet d’avocat, quelle qu’en soit la manière.

Une autre source indique que Symtomax aurait eu recours à de nombreuses autres sociétés, essentiellement dans des paradis fiscaux: Îles vierges britanniques, Dubaï, Gibraltar, Panama, Suisse… Cette dernière source n’y va pas par Quatre Chemins. Elle affirme que Symtomax est une fraude à 12 millions d’euros. Il est vrai que cette société ne fait vraiment pas tout ce qu’elle peut pour être transparente.

Symtomax fraude
Capture d’écran d’un site internet qui présente Symtomax comme un un investissement frauduleux de 12 millions d’euros.

Une carte des implantations du groupe que Symtomax présente sur son site mentionne aussi l”Amérique du Nord et l’Afrique du Sud, ce qui n’est détaillé nulle part.

Symtomax
Extraits de supports de communication de Symtomax

Un PDG qui ne se vante pas de diriger Symtomax

Officiellement, Symtomax est dirigée depuis 2016 par Paul Segal, qui en est également l’un des fondateur. Sur le site de Symtomax, Paul est décrit comme “un professionnel expérimenté du développement des affaires, avec une vaste expérience dans des entreprises mondiales de premier ordre, au cours de laquelle il a obtenu de multiples accréditations”.

Symtomax
Capture d’écran du site internet de Symtomax

Ca en jette. Sauf que sur son profil Linkedin, on ne lui trouve que deux expériences: Symtomax depuis 2016 et “Managing Director” dans une “trust company” pendant 6 ans au Maroc. En clair, Paul Segal vendait du secret bancaire et du contournement des lois via les paradis fiscaux. Pas étonnant dans ces conditions qu’il ne donne pas le nom exact de cette “trust company”. Son nom complet est Paul Nathan Segal. Et il continuerait à exercer une activité de conseil en résidant en Espagne.

Symtomax
Capture d’écran d’un site personnel de Paul Segal

A la tête de Symtomax, on trouve également Olaf Van Tulder, un néerlandais qui a travaillé dans la production de semence de cannabis au Pay-Bas, chez Greenhouse seeds. Ce qui surprend, c’est qu’Olaf ne mentionne pas le poste qu’il occupe chez Symtomax. Interrogé via Linkedin, il a pourtant reconnu être le PDG de Symtomax au Portugal. Il n’aurait pas eu le temps de mettre à jour son profil.

Symtomax
Capture du profil Linkedin d’Olaf Van Tulder

Dans les documents commerciaux de Symtomax, Olaf Van Tulder est mentionné de façon ambiguë comme un employé du fournisseur de semences Greenhouse Seeds plutôt que comme dirigeant de Symtomax.

Olaf Van Tulder
Extrait d’un prospectus de Symtomax à destination des investisseurs

Officiellement, Olaf Van Tulder n’est que le directeur d’une société de conseil basée à Dubaï, 2connect-consultancy, qui conseille les entreprises qui veulent produire en Chine dans le secteur du textile.

Une Minette à la tête de Symtomax

En dehors de Van Tulder et de Paul Segal, Symtomax mentionne deux autres employés, David Mace et Joao Peixoto. Mais Linkedin permet de découvrir d’autres employés comme Cristina Guerreiro, Matthew Butters et surtout Minette Coetzee.

Minette Compson
Deux profils Linkedin de Minette Coetzee

Sur son profil Linkedin, Minette Coetzee se présente comme fondatrice de Symtomax. Elle est probablement derrière le profil d’une autre Minette, Minette Compson. En effet, elles portent le même prénom, sont toutes les deux passées par l’Université de Pretoria en Afrique du Sud et présentées par la même personne sur ce site. Ces deux profils détaillent des emplois aux Portugal, à Gibraltar et à Amsterdam, ce qui semble assez cohérent avec les faits que nous citons.

Extrait d’un prospectus de Symtomax à destination des investisseurs

Les prospectus d’offre d’investissement de Symtomax mentionnent également un ancien ministre portugais de la santé, Eurico Alves Castro ainsi que Samantha Roman, une entrepreneuse canadienne du cannabis médical. Aucun des deux ne mentionnent leur implication chez Symtomax dans leurs publications.

Capture d’écran d’une recherche sur Google

Des Français investissent au Portugal via l’Ecosse grâce à la société suisse Arqx Capital

Nous avons échangé avec un Français qui a investi plusieurs dizaines de milliers d’euros chez Symtomax. Cherchant justement à investir dans ce nouveau médicament, il est tombé via Google sur le site de Symtomax. Il les a contacté pour leur demander comment investir. Et il s’est retrouvé contacté à cette fin par un certain Gilles Rolland de la société Arqx Capital.

 Arqx Capital
Capture d’écran sur le site Arqx Capital Immo

Arqx a été créée en juillet 2018 par un pool d’investisseurs, tous résidants londoniens: le Suédois Badr Talei Alexander Ceasar Ali, le Roumain Barbu Bogdan-Stefan et le Lituanien Parachonko Dmitrij. En 2020, ces derniers se sont débarrassés de leur parts au profit de la société Sigtax, qui nomme un nouveau gérant, le Roumain Gheorghiu Bogdan-Dumitru, bientôt remplacé par un certain Jonathan Curci, également associé, lui même rapidement remplacé par un certain Nicolas Tréand, lui aussi associé, l’actuel gérant d’Arqx Capital Immo. Ceci expliquant surement cela, depuis sa création en juillet 2018, Arqx a changé cinq fois d’adresse postale.

Nicolas Tréand, l’actuel CEO d’Arqx a deux profils sur Linkedin: celui-ci et celui-ci. Il est membre du conseil d’administration du “Swiss CBD Group”, une société en lien avec l’industrie du cannabis médical, créée en 2017. Hélas, Swiss CBD Groupe est en liquidation depuis 2020. On retrouve cet intérêt de Nicolas Tréand pour le cannabis médical dans son activité chez Arqx Capital Immo.

Nicolas Tréand
Capture d’écran du profil Linkedin de Nicolas Tréand

On le retrouve en effet dans les investissements que propose Arqx Capital: hôtellerie, immobilier logistique (SIC), EHPAD ou assimilés, immobilier à l’étranger, data center et cloud comptine ou encore, santé et bien-être avec justement, le cannabis thérapeutique, comme avec Symtomax.

Arqx Capital Immo
Capture d’écran extraite du site d’Arqx Capital Immo

Gilles, Rolland, Régis, Paul et les autres

C’est avec un certain Gilles Rolland que notre investisseur est en contact. Nous l’avons appelé pour lui demander une réaction aux informations mentionnées dans notre article mais il n’a pas souhaité répondre à nos questions. Il nous a seulement indiqué que la levée de fond était terminée et que la plantation du cannabis venait de commencer au Portugal.

Arqx Capital emploie une autre personne: Regis Paul. Dans la signature qu’il appose au bas de ses mails, il indique un mauvais numéro de téléphone portable. Il nous a malgré rappelé à la suite d’un mail que nous lui avons envoyé pour demander une interview. Mais il refusé d’expliquer pourquoi sa signature recelle un mauvais numéro. Regis Paul travaille chez Arqx depuis le début et ne présente que cette expérience sur son profil Linkedin.

Il nous a précisé que l’article anglais accusant Symtomax de fraude à 12 millions d’euros est une diffamation dénuée de fondement dont l’auteur réside en Floride. “Je ne vois pas à ce jour une personne qui ne soit pas satisfaite” raconte-t-il.

Nous avons sollicité l’Autorité des Marchés Financiers pour lui demander un avis sur Arqx Capital. Elle nous a répondu que “la société ARQX CAPITAL IMMO ne détient aucune autorisation de la part de l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour proposer des services d’investissement en France”.

Youlian Tzarnev, alias Julian Tzarnev, impliqué dans le Ponzi Bar Works et recyclé dans le cannabis médical

Nous avons sollicité Olaf Van Tulder. Il nous a demandé de nous adressé à youlian@symtomax.com. Comme nous n’avions pas vu passer de Youlian dans les employés de Symtomax, nous avons googlé Youlian et Symtomax dans la même recherche. C’est ainsi que nous avons fait la connaissance d’un certain Youlian Tzanev. Ces liens sont certes ténus. Quand on clique sur ces deux sites, on ne trouve pas les occurrences citées par google. Ce sont sans doutes des traces qu’un meilleur informaticien que l’auteur de cet article réussirait à expliquer. Mais cela suffit à déterminer que Youlian Tzarnev travaille chez Symtomax.

Youlian Tzarnev est dispose d’au moins trois nationalités: britannique, bulgare et israélienne. Il est mandataires de sociétés anglaises et espagnol. Il est cité dans les commentaires d’un article dénonçant une vaste escroquerie à l’investissement pyramidale dans une société de coworking anglo-saxonne: Bar Works. Et cet article nous apprends une information cruciale: pour monter ses arnaques, Youlian Tzarnev s’est longtemps fait appeler Julian Tzarnev.

Et c’est vrai que lorsque l’on google “Julian Tzarnev”, on découvre les casseroles du personnages employé par Symtomax… Les ramifications de l’escroquerie en bande organisée Bar Works s’étendent jusqu’aux Emirats Arabes Unis, en Inde et en Chine.

Nous avons demandé à Paul Segal de bien vouloir nous confirmer que Youlian Tzarnev travaille chez Symtomax. Il n’a pas répondu à notre question. En mai, l’épargnant français qui a investi chez Symtomax fêtera le premier anniversaire de son investissement. Or, contractuellement, les intérêts doivent lui être versés chaque année.

Philippe Miller

Cet article a été écrit par Philippe Miller
Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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