Spéculons ensemble sur la spéculation : Partie 2 L’indispensable spéculateur

Toutes les informations grâce à l’œil de WT avril 14, 2016 10:41 aucun commentaire

 

Le spéculateur est utile et indispensable au bon fonctionnement de nos économies modernes. Mais il convient de bien le cerner. Du latin « speculor » signifiant épier ou observer, le terme de spéculateur était utilisé comme synonyme d’observateur jusqu’au XVIIIème siècle où il a commencé à désigner une personne effectuant une prévision. De l’observation à la prévision, le pas était franchi, il ne restait plus qu’à passer à l’action, ce qui fut fait quelques décennies plus tard où le spéculateur cesse de se perdre en conjectures pour prendre son sens moderne et agit sur les marchés financiers.

 

Pour autant le terme est postérieur à la chose qui existait avant lui et nous avons plusieurs types de spéculations possibles. Au sens large, nous avons aux sources de l’échange économique deux personnes, le vendeur et l’acheteur qui sont d’accord sur le prix mais en désaccord sur la valeur. Pour le vendeur, il faut se démettre d’un bien, pour l’acheteur il faut l’acquérir. Chacun de ces cocontractants, de ces « spéculateurs » ont une vision et une prévision différente de l’avenir par rapport au bien échangé. Nous sommes donc tous des « spéculateurs » quand nous effectuons des actes banals de la vie quotidienne consistant à acheter quelque chose. Quand la prévision passe également par le non échange, et le fait de renoncer aujourd’hui à une transaction dans l’espoir d’en tirer un meilleur profit ultérieurement, soit pour soi, soit pour une future vente et nous voici aux sources de ce qui a est une forme plus élaborée de spéculation. Ce souci de préserver ses intérêts, cette forme d’égoïsme, peut générer les rumeurs les plus folles dans des périodes extraordinaires.

 

La crise frumentaire de 1775 qui porta en germe la chute de l’Ancien Régime a vu la figure du spéculateur, de l’accapareur ou du monopolisateur comme l’on disait alors devenir le bouc émissaire facile des maux de ce temps. Cette figure honnie n’a toutefois pas été trouvée, et les greniers regorgeant de farine n’ont jamais été dénichés, ni à l’époque, ni de nos jours par les historiens. Il faut plutôt y voir une méconnaissance des phénomènes du fonctionnement des marchés qu’une volonté machiavélique de faire du profit à tout prix.

 

Le spéculateur sur les marchés financiers va apporter de la liquidité à celui-ci. Agent économique n’investissant que pour la perspective des gains financiers, il ne va pas être tenu à la gestion d’un quelconque stock physique de marchandises. Il peut en acquérir, mais uniquement pour le revendre. Sa présence assure aux vendeurs physiques d’avoir la possibilité de liquider leurs marchandises à tout moment sur le marché. Par essence, le volume des transactions spéculatives doit être supérieur et largement supérieur aux échanges physiques.

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Prenons l’exemple de contrats futurs sur le blé et mettons-nous 6 mois avant la récolte. Les perspectives météorologiques laissent à penser que le risque de bonne ou mauvaise récolte est à peu près équivalent. Avançons maintenant quelques jours avant le début de la récolte. La météo a été excellente et a favorisé une forte production, faisant baisser les prix, car tout le monde anticipe une récolte abondante dans les semaines à venir. Le spéculateur ayant pris le pari d’une hausse des prix 6 mois plus tôt en sera pour ses frais. A quelques jours de la récolte, il devient de plus en plus évident que miser sur la hausse des prix est un pari perdu. Pourtant, il est nécessaire d’avoir de la contrepartie sur le marché, mais qui sera assez fou pour parier sur une hausse des prix que rien n’indique ? Si des spéculateurs devaient prendre position, il en est nécessairement quelques-uns qui prendraient une petite position à l’achat, au cas où justement une catastrophe météorologique imprévue s’abattrait dans les prochaines heures et viendrait ravager le blé sur pied. Le risque est faible, mais le gain serait très important s’il se réalisait. C’est ainsi que pour assurer une liquidité suffisante à l’achat, il faut un nombre important de spéculateurs prêts à prendre chacun une petite part de ce risque.

 

Nous le voyons, dans ce sens le spéculateur est utile car il fournit aux acteurs économiques la possibilité d’avoir une contrepartie à n’importe quel moment, il offre de la liquidité au marché. Les débats sont vifs entre les tenants de l’efficience des marchés et ceux pour lesquels ce n’est pas le cas. Pour ses partisans, nous reprendrons l’analyse de Friedmann et le fait que le spéculateur a un effet stabilisateur sur les marchés. Pour ceux qui s’y opposent, les prévisions des spéculateurs ont tendance à se réaliser d’elles-mêmes et à devenir réalité par effet de mimétisme. La spéculation devient sous leur analyse facteur d’instabilité.

 

Pourtant, pour Nicholas Kaldor, il convient de faire une distinction intéressante entre professionnels et spéculateurs amateurs. Si les premiers ont effectivement un rôle stabilisateur grâce à la pertinence de leur analyse et leur vision des choses, les seconds ont un rôle déstabilisateur car intervenant à contre-courant, et en décalage, ce qui n’est pas un problème car leur manque de vision sur les marchés les conduits à se faire éjecter soit par la perte de leur capital, soit à devenir des professionnels et à agir à bons escient. La réalité est sans doute plus complexe. Il n’est pas certain que les professionnels aient une vision si performante sur les marchés et nous avons souvent des exemples de mauvais investissements massifs de leur part. Les amateurs peuvent également bénéficier d’une chance insolente et faire un parcours sans faute basé sur une analyse défaillante. La distinction de Kaldor est cependant intéressante et nous donne les clefs de la compréhension.

 

Oui le spéculateur est utile car il assure aux opérateurs physiques la possibilité d’échanger en toutes circonstances, car il se trouvera toujours un spéculateur suffisamment fou, suffisamment inspiré pour prendre les paris les plus risqués. Mais sur les marchés financiers, nous sommes dans un jeu à somme nulle. Les pertes des uns sont les gains des autres. Dès lors, plutôt que de distinguer les professionnels des amateurs, il convient de distinguer ceux qui sont présents sur les marchés de ceux qui ne le sont pas. Et ceux qui sont présents ont besoin d’une chose très importante, ils ont besoin de plus de perdants sur les marchés. Condition mathématiquement indispensable pour faire plus de gains. Alors méfiez-vous des discours trompeurs de fausses sirènes qui vous font croire monts et merveilles, dans le monde de la spéculation, si vous ne savez pas qui est le prédateur, c’est que vous êtes la proie.

 

Marc BOUZY

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