La libéralisation des paris sportifs a fait exploser l’addiction aux jeux d’argent

Jeux d'argent Nicolas Gaiardo Publié le 13 juillet 2021 à 17:13    Temps de lecture: 8 min

Unibet, Winawax, Parions sport, Betclic, poker stars… une vingtaine de plateformes de jeux en ligne et paris sportifs sont agrées en France. Depuis l’ouverture à la concurrence des jeux d’argent et de hasard en 2010, la dépendance plus communément appelé l’addiction aux jeux d’argent a fortement augmenté. Sans compter l’effet catalyseur des confinements liés à la pandémie de COVID-19.

Comment reconnaitre une pratique de jeu pathologique ? Et surtout, quelles sont les actions menées par les autorités gouvernementales pour contrer ce phénomène ayant de forts enjeux de santé publics ?

La frontière entre jeux ludiques et jeux pathologiques 


Drogue, alcool, tabac… on parle souvent des méfaits des addictions aux substances psychoactives, mais peu de ceux liés aux addictions comportementales. D’ailleurs, la dépendance aux jeux (argent, vidéo, etc..) est la seule addiction comportementale qui ait été reconnue cliniquement dans les classifications internationales des maladies mentales (DSM-V). Même si reconnaitre une addiction aux jeux est moins évident qu’identifier une addiction à la cigarette, les symptômes existent. Placer des paris sportifs, miser sur le turf ou jouer au poker peut devenir un danger pour sa santé mentale et sa situation financière.

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Le point commun à toutes les addictions est la perte de contrôle malgré la survenue des dommages. Les conséquences du jeu pathologique peuvent être dramatiques : isolement social, trouble du sommeil et insomnies, loyers impayés et endettement, divorce, stress et pathologies associées… et dans le pire des cas, infractions, vols entre époux et abus de biens sociaux. Dans son rapport annuel, l’association SOS joueurs souligne qu’en 2020, 652 joueurs les ayant contactés cumulaient à eux seuls 14 892 000 euros de dette. Soit, une dette moyenne par joueur de 22 000 euros.


Un jeu plus accessible, une compulsivité décuplée


Depuis l’ouverture à la concurrence des jeux d’argent et de hasard en ligne par sa loi du 12 mai 2010, le nombre de personnes dépendantes aux jeux d’argent n’a fait qu’augmenter. Paris sportifs (du football au water-polo en passant par la pétanque !) et hippique, parties de poker… autant d’activités dans le jeu du marché régulé qui ne sont plus soumises aux contraintes d’espace et de temps. Une connexion à Internet suffit pour assouvir sa pulsion de jeu et son envie irrépressible de vouloir décrocher le jackpot. Entre 2010 et 2020, le nombre de joueurs en ligne est passé de 800 000 à plus de 4 millions. Un million de joueurs en France présentent un risque modéré d’addiction et 370 000 rencontre un problème de jeu excessif (joueurs dépendants). Ils n’étaient que 200 000 en 2014.

Par conséquent, le produit brut des jeux (différence entre les mises et les gains des joueurs) des opérateurs de jeux en ligne (voir liste des opérateurs agrée par l’ANJ) a augmenté de 22 % entre 2019 et 2020 pour atteindre un peu plus de 1,7 milliard d’euros. Les jeux de loterie de la FDJ ont généré quant à eux 1,1 milliard d’euros en 2020, soit une croissance de 22%.

La passion du jeu ne faiblit pas en 2021 puisque sur son premier trimestre, le CA des opérateurs de jeux en ligne a augmenté de 35%. Et tout cela sans compter les sites illégaux de pronostics ou de casinos en ligne.

L’État entre l’enclume et le marteau


Marcher sur des œufs… cette expression résume assez bien le comportement des autorités publiques depuis la libéralisation des jeux en ligne. D’un côté, le jeu en ligne est une source de profits pour Bercy, et de l’autre, une activité créant potentiellement des addictions comportementales. Auprès des opérateurs, le discours est ambivalent. L’État, et surtout l’ANJ (Autorité nationale des jeux), se trouve dans une situation complexe en obligeant les opérateurs à contraindre leurs pratiques tout en les incitant à développer une offre attractive.

Le frein sert à réduire les risques d’addiction et l’accélérateur, à empêcher les clients de fuir vers les sites illégaux. Finalement, les autorités publiques et les opérateurs avancent la notion de «jeu responsable», un concept venu tout droit des États-Unis. La définition du « jeu responsable » est simple, mais sa mise en pratique demeure assez complexe ! Voire impossible…

Avec cette notion, le joueur doit contrôler en toute conscience son activité de jeu d’argent en ligne. S’il sent que sa pratique dérive et que son jeu devient pathologique, c’est à lui de demander son exclusion temporaire ou définitive auprès de l’opérateur ou d’activer des freins (limitation des sommes versées ou du temps passé sur la plateforme de jeu). Mais, comment un joueur en perte de contrôle va lui même activer des fonctionnalités l’empêchant de jouer ?


Mieux encadrer la publicité, mieux comprendre les ressorts de l’addiction


Les publicités pour les paris sportifs saturent l’espace urbain et le web. À grand renfort de marketing émotionnel et d’offres promotionnelles, elles font miroiter richesse, respect et succès. Le cœur de la cible est le jeune urbain fragile économiquement. Selon l’Observatoire des jeux (ODJ), 70% des adeptes de paris sportifs ont moins de 34 ans et 65% des mises pariées viennent de la poche de joueurs appartenant à des milieux modestes.


Mais comment limiter ce matraquage publicitaire ? Selon l’AFP, pour Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de l’ANJ prohiber la publicité pour ces sites avec une nouvelle loi Evin entraînerait le développement d’une « offre illégale ». Sa proposition ? « il faut peut-être encadrer le volume publicitaire ». Pour Armelle Achour, psychologue et présidente de SOS joueurs : « Nous devons encadrer davantage la publicité et trouver une médiane entre l’interdiction et le laisser-faire. Les campagnes récentes de Winamax ne sont pas acceptables, car elles visent le public le plus fragile et portent un discours qui gomme la valeur du travail. Par ailleurs, l’ANJ a également un rôle à jouer par rapport aux influenceurs ».


Le 15 avril 2021, l’ANJ a proposé au ministère de la Santé, à l’issue de discussions avec les opérateurs, le cadre de référence servant à mettre en œuvre des nouvelles obligations issues de la réforme des jeux d’argent et de hasard initiée par l’ordonnance du 2 octobre 2019. «L’ANJ est dans une vraie volonté tout en faisant bouger les choses de manière à ce que cela soit acceptable pour les opérateurs» nous précise Armelle Achour. Avant d’ajouter « L’une des belles avancées de cette ordonnance 2019 est l’obligation, pour les opérateurs, de présenter leur campagne publicitaire un an avant leur diffusion ».

Enfin, pour mieux connaitre et comprendre les ressorts des comportements de jeux et les phénomènes complexes d’addiction, l’ANJ a signé, le 22 juin dernier, une convention de partenariat avec l’OFDT (Observatoire français de drogues et toxicomanies).

Une chose est certaine : le premier gain aggrave souvent le risque de devenir un joueur pathologique. Un quart des joueurs avoue que leur problématique liée au jeu a réellement débuté après un premier gain conséquent.

Rester donc vigilant et garder en tête que « la chance aide parfois, le travail toujours » !

Nicolas Gaiardo

Cet article a été écrit par Nicolas Gaiardo
Nicolas est un journaliste engagé dans la lutte contre les escroqueries financières et passionné du monde de la finance. "Débusqueur" des dernières arnaques astucieuses dans des produits financiers dits atypiques, il se fait un point d'honneur à vous en faire profiter.

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