IG, le site de trading qui voulait être bookmaker

Courtiers régulés Philippe Miller Publié le 3 février 2021 à 08:14    Temps de lecture: 9 min
IG Market

Leader en Angleterre et dans le monde anglo-saxon, IG est le plus anciens des sites de trading à destination des particuliers. Créé en 1974 par un joueurs compulsif et militant Brexit, IG est monté dans le train fou du trading à destination des particuliers. Et fidèle aux goûts de son fondateur, il n’a pu s’empêcher de proposer des jeux d’argent sous forme d’investissement financier…

IG, un site de trading so British

IG est l’archétype du site de trading pour particulier anglo-saxon. Plus de la moitié des connections au site d’IG se font depuis des pays comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis ou l’Australie.

Quand on parle d’IG, on parle surtout d’IG Market, qui est devenu “IG” il y a quelques années. Mais le groupe est énorme. A sa tête, la holding IG Group. L’ensemble du groupe IG a réalisé 600 millions de dollars de profits en 2018. IG est l’un des plus gros sites de trading pour les particuliers. IG véhicule une mentalité typiquement anglo-saxone qui plonge ses racine dans l’histoire de son fondateur.

Un site de trading fondé par un joueur compulsif

Alors que la plupart des sites de trading pour les particuliers ont moins de 20 ans, IG, lui est un vieux dinosaure du secteur. Il a été fondé en 1974, par un personnage hors normes: Stuart Wheeler. Wheeler a été un militant pro Brexit acharné, une cause pour laquelle il a dépensé des milliers de livres. Wheeler est un joueur compulsif.

A l’époque, la place financière londonienne explose grâce à la révolution des Eurodollars. En décidant de ne plus contrôler les échanges en dollars sur le territoire anglais, la Banque d’Angleterre avait de facto transformé le pays en juridiction de complaisance pour attirer les capitaux étrangers, comme le font les paradis fiscaux de la planète. Les capitaux et les traders accourent pour s’installer dans la capitale Anglaise. Tout le monde veut sa part du gâteau et Stuart Wheeler compte bien se tailler une part.

Wheeler est un joueur compulsif. Il a joué au bridge avec Omar Sharif et participé à des championnats de poker. En créant IG Index en 1974, Wheeler joint l’utile à l’agréable en proposant à ses clients de jouer en bourse sur le prix de l’or sans l’acheter physiquement. Un produit dérivé du cours de l’or. Aujourd’hui, tous les sites de trading le proposent, et pas que sur l’or. Ca fonctionne bien mais à l’ancienne: les ordres sont passés par téléphone et par courrier.

A l’époque, c’est nouveau. Les sensations ressenties par les traders sont proches de celles des joueurs dans les casinos. Sauf que le trading, contrairement au casino, est une activité libre. En France par exemple, on dépense beaucoup d’argent chaque année pour tenter de bloquer les sites illégaux de jeu d’argent.

Quand les nouvelles technologies viennent bouleverser le trading, Wheeler prend le train en marche et change d’échelle. Son groupe entre en bourse en 2000 et en sort trois ans plus tard, quand l’un des plus gros fonds d’investissement mondiaux, CVC Capital Partners Ltd, entre dans son capital.

En 2002 il s’installe en Australie et rachète FX Online et HedgeStreet (devenu Nadex) en 2007, DailyFX en 2016 à FXCM ou encore récemment Tastytrade acquis en janvier 2021 pour un milliard de dollars. Aujourd’hui, le groupe est présent en Afrique du sud, en Suisse, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Suède, Allemagne, Singapour…

Des tentatives répétées pour vendre des jeux d’argent

Chez IG, on sait à quel point la spéculation boursière et les jeux d’argent sont de même nature. La société de bourse s’était même lancé un temps dans l’offre de paris sportifs avec Extrabet. Avant d’y renoncer en 2011. Dans les années 2000, quand commencent à apparaître tous ces sites de trading à destination des particuliers, cette confusion commence à être examinée. Ainsi le Times de Londres n’hésite pas à ranger IG parmi les jeux d’argent et non pas les sociétés d’investissement.

Ce n’est sans doute pas une coïncidence si les ennuis judiciaires d’IG coïncident avec cette époque. En 2010, un fond d’investissement poursuit IG pour des pertes non justifiées atteignant 21 millions de livres. En 2015, après le fameux crach du franc suisse, les clients d’IG cumulent des pertes avoisinant les 18 millions de livres. Ils accusent le courtier d’avoir enfreint les règles et de n’avoir pas exécuté loyalement leurs ordres. L’affaire est finalement réglée par la négociation.

Entreprise pionnière et innovatrice, IG avait développé une offre d’options binaires à destination des particulier. Jusqu’à ce que ce produit soit qualifié par l’autorité financière britannique de jeu d’argent manifeste.

Au mi-temps des années 2010, l’opinion publique anglaise comme européenne, découvre l’ampleur des dégâts provoqués par le trading à destination des particuliers. Les options binaires en particulier, sont un produit hybride, conçu par l’industrie des jeux d’argent pour être proposé comme investissement financier. En France, les pertes totale des particuliers travers ont été estimé en 2016 à près de 4,5 milliards d’euros. Plus encore depuis lors.

Les pertes de leurs clients font partie du modèle économique de ces sites de trading. La majorité des clients de site comme IG perdent leur argent, comme l’a démontré une étude fascinante publiée par l’Autorité des Marchés Financiers en France en 2014. IG ne déroge pas à cette règle. Près de 75% de ses clients perdent de l’argent. IG l’inscrit noir sur blanc sur son propre site.

Les pertes et les victimes s’accumulent à tel point que l’autorité financière anglaise s’engage ouvertement contre les options binaires, qu’elle assimile à des jeux d’argent à cause de leur nature addictive et du conflit d’intérêt qu’elle instaure entre le site et le client. En 2017, IG se résout donc enfin à renoncer à ces produits financiers toxiques.

Intimider les autorités publiques par les menaces de délocalisation

Ce raidissement tardif des autorités financières anglaises a pu être observé au même moment ailleurs en Europe. Il a produit en retour une contre-offensive d’une industrie qui trouvait là une occasion de montrer sa puissance. Outre-manche, IG s’est porté en pointe de ce combat, à coté de CMC market.

Fin 2016, le PDG d’IG, Peter Hetheringon, critique publiquement les autorités financières anglaises qui prétend alors faire le ménage. Il ne comprenait pas que l’autorité boursière, la FCA, puisse prendre de telles décisions sans l’avertir. En ligne de mire: la volonté de la FCA de limiter les possibilités pour les particuliers traders de prendre des risques démesurés.

Peter Hetherington
Le patron d’IG, Peter Hetherington

La contre-offensive d’IG trouve peut-être son explication dans la chute vertigineuse du cours de l’action IG. A la suite des annonces du gendarme financier anglais, elle avait perdu 38% de sa valeur.

IG Londres et IG Paris, même combat

IG n’a pas eu d’ennuis qu’en Angleterre. En France en 2018, IG a été condamnée à payer un demi million d’euros par l’Autorité des Marchés Financiers. L’instance répressive de l’AMF précise dans sa décision que « Les manquements retenus sont multiples et d’une particulière gravité au regard de la clientèle à laquelle s’adresse la succursale ». Initialement, une peine de 800 000 euros avait été réclamée.

En cause, des méthodes de recrutement et de pression pour remettre de l’argent bien connue de notre site. Au téléphone, les salariés d’IG se présentaient comme des “analystes” alors qu’ils ne disposaient d’aucune certification dans ce domaine et qu’ils agissaient en réalité comme des agents commerciaux. Les juges financiers relèvent qu’IG a aussi manqué de diligence dans la transmission d’informations demandées par l’AMF.

Les chiffres publiés par l’AMF au sujet d’IG sont édifiant. La succursale française du groupe londonien gérait 11 000 clients. 99,96% d’entre eux étaient des non-professionnels. 86% d’entre eux avaient perdu de l’argent entre janvier 2014 et 2015. Cette affaire a ouvert une fenêtre crue sur le fonctionnement interne réel de tous ces sites de trading pour les particuliers, dont il parait fort probable qu’ils récupèrent les pertes de leurs clients.

La décision de l’AMF n’est malheureusement plus disponible sur le site internet de cette Autorité Administrative Indépendante.

IG continue en France, malgré tout…

L'Express IG
Capture d’écran d’un article payé par IG pour faire sa promotion sur le site de L’Express

Cette affaire a calmé les ardeurs d’IG en France. Mais le groupe continue d’y être très présent, avec 5% de ses connections. Il continue de faire un peu de publicité, surtout sur les réseaux sociaux. C’est surtout outre-manche qu’IG est le plus actif, avec une ribambelle de sites apporteurs d’affaires et d’affiliés. Récemment, IG s’est payé un publi-rédactionnel chez l’Espress. IG a longtemps pratiqué le sponsoring sportif.

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Philippe Miller

Cet article a été écrit par Philippe Miller
Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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