Le spéculateur précoce

L'oeil de WT,Le Monde du Trading octobre 28, 2014 08:20 aucun commentaire

 

Dans cet article, nous allons essayer de retracer le parcours d’un trader particulier sur le Forex, de la découverte de ce marché jusqu’à son apprentissage et sa maîtrise.
Le trader type, c’est Jean. Il pourrait être ouvrier, employé, commercial ou même médecin. Il ne connaît pas bien le monde de la finance, il a déjà vu ‘Le loup de Wall Street’, et des traders en regardant le JT de 20 heures mais tout ça lui est bien étranger.

Jean, tu peux devenir trader !

Au hasard d’une séance de surf sur internet, entre un site d’actualité et un téléchargement, Jean tombe sur une publicité alléchante : « Devenez trader en ligne, recevez notre ebook et commencez à trader sur notre compte de démonstration sans risque« .

Jean s’interroge, il ne connaît pas ce milieu qui fait tant rêver, et puis puisque c’est gratuit il laisse ses coordonnées pour recevoir son ebook et se connecter à la plateforme de trading.

C’est là que tout commence, Jean est désormais « un lead« , en français, un prospect, et dans les heures qui suivent son téléphone sonne.

Au bout du fil, un interlocuteur au français impeccable, ce dernier se présente comme un trader de la City qui va lui faire gagner de l’argent. Ce que Jean ne sait pas c’est que ce charmant personnage n’est ni trader, ni à Londres. L’intitulé de son poste ? Vendeur, ou chargé de rétention client.

Il pourrait également affirmer qu’il opère depuis Chypre, mais en réalité il est à Tel Aviv avec ses 300 collègues qui passent leur journée à démarcher des clients dans toute l’Europe.

Le super trader du téléphone
Ce « super trader » n’y connaît pas grand-chose aux marchés, mais il en sait juste suffisamment pour impressionner Jean qui est néophyte. Ce dernier est méfiant mais rapidement son interlocuteur arrive à le mettre en confiance et lui propose une offre qu’il ne peut refuser :

Puisque vous êtes débutant, nous allons mettre à votre disposition un analyste qui vous aidera à prendre position. De plus, nous vous accorderons un bonus de bienvenue égal à 100% de votre dépôt !

Jean hésite, comme tout français qui se respecte, il aime prendre son temps et comparer, il est d’un naturel prudent. D’un autre côté il est impressionné par les graphiques en chandeliers de la plateforme de trading et tout son arsenal d’indicateurs techniques prometteurs. En plus, il y a l’effet de levier qui permet de prendre des positions représentant jusqu’à 400 fois son capital.

Il dégaine finalement sa carte bancaire : 1000 euros sont déposés sur un compte de trading, le courtier lui accorde un bonus de 1000 euros, il a donc 2000 euros sur son compte de trading. Il ne lui reste plus qu’à envoyer une pièce d’identité et un justificatif de domicile pour valider le tout, une simple formalité.

Jean est dans l’engrenage, après une formation sommaire voire inexistante et deux ou trois appels de son super trader, qui s’avère être un super loser, il est livré à lui-même.

La suite, vous l’imaginez ou la connaissez, Jean perd son capital.

Jean, tu vas gagner de l’argent !

Malgré cette déconvenue, notre ami reste persuadé qu’il peut gagner de l’argent sur le Forex et se constituer un capital. Ce n’est pas impossible, mais il en est encore loin.

Bien décidé à se refaire, il parcourt les forums et autres site d’informations à la quête du Graal, la stratégie miracle qui le fera gagner à tous les coups. L’espoir revient, les forums dédiés au trading sont pleins de traders gagnants ! (ironie…). Jean est loin d’imaginer que les sites sur lesquels il se rend sont pour la plupart rémunérés pour envoyer des clients chez des courtiers.

 

Le plus souvent, retour à la case départ chez un courtier chypriote sur les bons conseils d’un comparateur de brokers. Dans le meilleur des cas, il décidera d’aller chez un courtier régulé et présent en France.

Gonflé à bloc, Jean ouvre un nouveau compte de trading chez un courtier plus sérieux. Il a dû négocier avec sa femme, mécontente de la première expérience. Le service client est impeccable, son interlocuteur sympa, tout est bien qui finit bien. Sauf qu’il reste un grand débutant dans cette industrie du trading.

Il faut maintenant apprendre à trader
Notre ami découvre avec joie les rudiments du trading : supports, résistances, lignes de tendances, indicateurs techniques, calendrier économique. Cette fois c’est sûr, l’argent est à portée de clic.

Avec toute cette abondance de ressources, de stratégies de trading et d’indicateurs techniques, il ne sait plus où donner de la tête, et sans grande constance, il saute d’une stratégie à une autre. Stressé par ses pertes précédentes, rongé par l’envie de se refaire, et irrégulier dans sa façon de trader, Jean recommence à perdre de l’argent, plus lentement cette fois.

De peur de perdre, jean ne coupera pas ses trades perdants et coupera rapidement ses trades gagnants. Un tu l’as, deux tu l’auras disait papy, et puis jean se dit que ce qui est pris n’est plus à prendre.
Résultat ? Son compte de trading continue à fondre.

Et pourquoi ne pas utiliser une martingale ? À chaque position perdante, il double la mise.
Résultat ? Catastrophe.

 

Il entend parler du scalping, cette méthode miraculeuse qui promet des allers-retours rapides pour quelques pips de gain. Le calcul est vite fait, s’il gagne 20 pips par jour alors le million lui tend les bras avant la fin de l’année. C’est oublier les problèmes d’exécution du courtier, le conflit d’intérêt, le money-management et la gestion du stress. Ce n’est toujours pas ça, Jean perd de l’argent.

Malgré ses échecs, Jean prend confiance, car il commence à connaître un peu le marché, il a même des « convictions fortes« , même si généralement celles-ci se transforment en « fortes pertes »…

Jean devient un vrai (faux) pro !

Jean pourrait être lassé par ses échecs et abandonner, comme beaucoup. Mais il est certain qu’il reviendra au Forex, car il a attrapé le virus. Il est toujours persuadé qu’il peut gagner de l’argent, il a déjà réussi à multiplier son compte par deux avant de tout reperdre…

Il se dit que si la perte potentielle est limitée à son capital, le profit potentiel est illimité. Et puis c’est stimulant de trader, de suivre l’actualité financière et d’avoir une plateforme de trading.

C’est la classe, d’ailleurs ça impressionne l’entourage de Jean. Ce dernier, préférant ne pas avouer ses échecs, affirme qu’il gagne de l’argent et qu’il envisage d’en faire son métier.

Entre temps, il a lu des bouquins sur le trading, surtout il s’est rendu compte que les forums sont pleins de mythomanes tout autant débutants que lui.

Sa culture financière s’enrichit, ses connaissances en matière de trading s’améliorent, il revient dans la partie.

Jean ouvre un nouveau compte de trading, ou réalimente le sien qui est vidé jusqu’au dernier euro. Ses résultats sont mitigés, en dent de scie, il ne perd pas mais ne gagne pas non plus. Il utilise désormais un effet de levier modéré et ne fait plus de scalping.

A cette étape cruciale de son expérience de trader amateur, Jean perdra patience et augmentera l’effet de levier jusqu’à bruler définitivement son compte de trading. Il prendra alors la décision d’arrêter de trader.

Il pourra aussi se dire qu’il faut qu’il se forme, que c’est ce qu’il aurait dû faire dès le début. Sur les marchés on dit que certains acquièrent de l’expérience avec leur argent et que d’autres amassent de l’argent avec leur expérience.

Jean a perdu du temps et de l’argent. Il a écouté les courtiers qui lui laissaient croire que gagner est facile, il a essayé plus de stratégies et d’indicateurs qu’il n’a de doigts pour les compter et a perdu de l’argent qu’il avait durement économisé.

Trop de personnes prennent la décision de se former à cause d’échecs répétés. Les autodidactes existent, mais leur apprentissage s’est fait au prix d’un long parcours semé d’échecs et de découragement.

Trop souvent considérée comme une dépense, la formation est un investissement. Un investissement qui permet non seulement de préserver son capital, mais aussi d’être rapidement opérationnel sur les marchés, et de pouvoir réellement progresser en partant de bases saines.

 

Nicolas Gaiardo

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Nicolas Gaiardo

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